La mort, elle nous chatouille parfois, nous tourmente, nous sourit, nous titille. Elle s'immisce insidieusement, d'autres fois nous surprend, nous fait sursauter en catastrophe.
Ma grand-mère de 95 ans s'est cassé le tibia et est en physiothérapie, elle pourrait bien y rester. Mon oncle souffre du diabète et s'est fait couper une partie de la jambe...tout le corps est en train de lui pourrir lentement.
Je suis en attente de résultats pour une bosse louche dans un sein et mon médecin veut me voir concernant mes résultats de cholestérol et diabète.
C'est drôle comme la vie et la mort conspirent et se jouent de nous. J'ai passé la première moitié de ma vie à vouloir mourir, et maintenant que j'ai changé d'idée... la mort vient me faire un pied de nez.
Hier soir, en lisant une histoire très émouvante, j'ai été confrontée à mon pire cauchemar... Hier soir j'ai entrevu la possibilité de mourir avant d'avoir vu mon bébé grandir...
Poutine Tandoori
... et autres indienneries!
jeudi 20 janvier 2011
vendredi 10 décembre 2010
Pot-pourri des Fêtes
Aux quelques lecteurs que cela peut intéresser... je suis désolée d'avoir gardé le silence radio pendant si longtemps. Je voulais écrire avant, mais je ne trouvais pas de sujets assez intéressants (ma vie ne l'est pas vraiment en ce moment, entre les couches et les biberons, ça devient un peu redondant). Aujourd'hui, je me suis dit tant pis.
J'ai également été aux prises avec le déménagement, la peinture, les rénos, et tout cela pour une maison que je loue et que je vais probablement quitter, autrement dit pour rien, ou si peu. Un peu de confort pour une période qui sera temporaire, passer un Noël que l'on souhaite joyeux, ne pas avoir l'odeur d'un tapis jaune trentenaire qui vienne vous hanter les narines...
Je vais déménager car je n'ai pas encore trouvé l'endroit qui me fait sentir chez moi. Le voisin qui habite dans mon sous-sol est le fils du propriétaire. Il a environ 37 ans, et fume du pot à chaque jour avec ses potes dans mon entrée de garage (depuis que je lui ai dit de fumer dehors parce que l'odeur circulait dans toute la maison!). Je n'ai rien contre les poteux, surtout s'ils sont jeunes, c'est normal... mais il me semble qu'à 37 ans t'es sensé avoir passé à autre chose, au lieu de vivre dans le sous-sol de la maison de tes parents parce que t'es pas capable de te payer un loyer, parce que t'es toujours entre deux jobs, et que t'as juste assez d'argent pour acheter ton pot et ton McDo, et que t'es trop paresseux pour te faire à manger! Ouf... fallait que ça sorte!
Et tant qu'à déménager, encore, je pense que j'ai le goût de revenir chez moi, au Québec. Mais j'hésite... Récemment, je suis revenue en visite, voir ma famille et mes amis que je n'avais pas vus depuis plus d'un an. À un certain moment, nous arrêtons prendre un café. Je fais un petit tour aux toilettes, et je reste un peu surprise car j'avais presque oublié que ça existait les lumières bleues dans les toilettes... Comme pour me donner raison, il y a une fille dans la cabine qui fouille dans son sac depuis trop longtemps pour qu'elle soit en train de chercher un tampon. Je suis en train de me laver les mains, et quand elle sort finalement, je ne suis même pas sûre qu'elle m'a vue. Le visage complètement ravagé, des yeux absents, elle marche comme une vivante morte. Je suis juste derrière elle. Elle s'arrête près d'un homme en habit qui visiblement ne cadre pas dans la description de conjoint. Il lui demande pourquoi elle a pris tant de temps aux toilettes, elle de lui répondre qu'elle voulait juste un café (WTF??) et ils repartent sans avoir rien pris. J'en avais le coeur brisé, ça m'a enlevé le goût du café. Vers quelle sombre allée se sont-ils dirigés? Pourquoi quelqu'un en est-il réduit à se détruire et à se vendre? Je ne veux pas que mon enfant voit cela. Je ne veux pas que mon fils sache que les lumières bleues, c'est pour que les toxicomanes ne trouvent pas leurs veines. Pourquoi ici est-ce si différent de Montréal, du Québec? Est-ce que le ratio de BS est vraiment plus important au Québec comparé au reste de la population canadienne?
Je ne file pas. Le temps des Fêtes, c'est ce que ça me fait normalement. Je me sens comme la petite fille aux allumettes. Je pensais que cette année serait différent, avec le bébé. J'ai fait mon premier arbre de Noël, et je prends plaisir à l'allumer à chaque soir. Le père Noël est déjà passé, et les cadeaux sont en dessous de l'arbre (c'est pas grave, bébé ne s'en souviendra pas...) Mais il y a quelque chose qui cloche encore. Un malaise qui persiste. Il est à l'intérieur de moi, et j'aurai beau déménager cent fois, je ne crois pas que je réussirai à le semer en route.
J'ai besoin d'avoir de nouveaux projets, de terminer ceux que j'ai commencé. J'ai besoin d'accomplir mes rêves, de les vivre. Ce n'est pas tout d'avoir un enfant, n'importe qui n'ayant pas de problème de fertilité peut s'en faire un. Le défi est évidemment de bien l'élever et d'en faire un humain digne de ce nom... Mais j'ai envie d'être heureuse pour moi, par ce que j'ai accompli et non par ce que j'ai procréé.
Je vieillis. Je n'aurai pas le temps de devenir pilote, vétérinaire, journaliste interternationale ou travailler pour médecins sans frontières. Le seul rêve qui est encore à ma portée est celui d'écrire, et je me trouve encore des excuses pour ne pas le faire. Manque d'inspiration, pas assez créative, peur d'échouer ou d'abandonner en cours de route, ne pas savoir par où commencer.
Sur cette note positive, je retourne à mes couches et mes biberons. Joyeuses Fêtes à tous!
dimanche 24 octobre 2010
Instinct maternel?
Je ne suis pas vraiment genre blogue de maman. Je n’ai jamais été vraiment gaga face à la marmaille gazouillante. Je n’ai jamais assisté à un « baby shower », malgré le fait que mes amies aient eu des enfants, tout au plus j’ai envoyé ma participation monétaire, et voilà pour ma bonne action. Ce n’est juste pas mon genre. Par contre, j’ai toujours voulu avoir un enfant, peut-être par égoïsme, honneur ou orgueil. Pour ne pas mourir vieille et aigrie, et seule au monde… pour que la lignée familiale se perpétue, pour voir ce que ça pourrait donner un petit être vivant fait à partir de moi.
J’ai eu la grossesse difficile. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, de mon cœur et plus encore. Toutes les peurs et angoisses m’ont tourmentée. J’avais surtout peur, encore par égoïsme probablement, de devoir abandonner mes rêves et ambitions, de ne plus pouvoir me déplacer ou voyager aussi librement, d’avoir désormais à consacrer tout mon temps et mes énergies à cet individu qui allait entrer dans ma vie.
Cet individu qui prenait forme dans mon corps, je ne l’ai pas aimé tout de suite. J’en étais tellement malade, qu’il aurait été difficile pour moi de faire autrement. Certaines femmes aiment être enceinte, moi pas. J’avais hâte à l’accouchement plus pour enfin me retrouver seule dans mon corps, et idéalement plus en forme, que pour enfin le voir et faire sa connaissance.
Et puis, je ne sais trop quand, comment, et pourquoi, tout a changé.
Je l’ai aimé, dès le tout premier instant où j’ai vu son petit nez, mon portrait tout craché. Mes rêves je les ai encore et je les entretiens, sauf que maintenant, il en fait désormais partie. J’ai maintenant le courage et l’énergie de poursuivre mes ambitions, car je veux qu’un jour il soit fier de sa maman. Alors, peut-être par égoïsme encore une fois, ou par instinct maternel – que sais-je ? Je l’aime plus que tout, plus que ma propre âme; car paradoxalement, maintenant qu’il n’est plus à l’intérieur de moi, je sens qu’il fait intrinsèquement partie de moi.
mardi 5 octobre 2010
Entre les deux mon coeur balance
Les Indiens sont horriblement superstitieux, particulièrement les hindous*. Ils consulteront un astrologue pour toutes les occasions de leur vie.
Votre bébé est né sous tel astre, il devra prier telle divinité particulièrement, pour éviter d’être affligé de maladies ou d’insuccès. Il devra porter une telle pierre précieuse, d’un poids particulier, dans tel doigt de la main droite ou gauche, dépendant des bienfaits recherchés.
Ainsi, il pourrait être auspicieux de se marier un mercredi plutôt qu’un samedi entre 20h et 21h, quand les astres seront alignés d’une façon spécifique. Votre conjoint(e) aura été évidemment présélectionné(e) en fonction de sa carte du ciel et de la compatibilité, non seulement de caste, mais astrologique également.
Vous avez décidé d’ouvrir un commerce? Ne démarrez jamais une entreprise une telle journée du calendrier lunaire hindou, où vous courrez à un échec certain. Même chose si vous achetez une maison, ou décidez d’en construire une. Vous consulterez votre astrologue pour déterminer son emplacement, ou pour savoir si votre déménagement et votre nouvelle maison sont favorables pour vous. Évidemment, vous tiendrez une cérémonie d’inauguration afin de purifier et vous attirez la protection des divinités dans votre nouvelle maison, ou entreprise.
Toute bonne famille consulte régulièrement son astrologue familial.
Pour ma part, je ne suis pas certaine d’être vraiment superstitieuse, et certainement pas jusqu’à ce point. Toutefois, je confesse, avec un peu de gêne, croire un peu à tout le moins, à l’astrologie et aux horoscopes. J’y crois car je n’ai pas eu le choix de constater, à quel point mon signe astrologique a influencé ma personnalité, et par le fait même, ma vie en général.
Je suis une Balance. Je ne sais pas si vous l’êtes, ou si vous en connaissez une, mais elles ont ceci de particulier, elles sont très indécises. C’est une terrible malédiction. Quand la moindre petite décision est un dilemme, ça en devient une torture.
Même mes jours les plus tendres étaient marqués par des décisions d’importance existentielle pour ce jeune âge : dois-je jouer aux Légo ou à la plasticine, à la marelle ou à l’élastique? Comment devrais-je appeler ma poupée boutchou, Angélique ou Alexandrine?
Avec l’âge, les choix se sont corsés… devrais-je écrire mes notes d’école à l’encre bleue, noire ou au crayon à mine? Est-ce que je devrais sortir avec tel garçon parce qu’il est beau, ou tel autre, parce qu’il est gentil? Quel cours optionnel devrais-je choisir? Sciences humaines ou sciences pures pour le Cégep? Et que faire lorsque vient le moment de choisir une carrière? Littérature, journalisme, psychologie, sciences politiques… tellement de choix, tellement d’intérêts, des aptitudes pour tout; mais dans la vie, il faut budgéter son temps et son argent…
D’autres choix ont été plus difficiles encore, et à chaque fois l’indécision, la peur du regret, d’avoir fait le mauvais choix : avortement ou marche en avant? Rester ou partir? Le quitter ou endurer?
Bien évidemment, chaque individu fait face à ces choix, à ses défis et ses dilemmes. Mais pour ma part, j’ai la nette impression que si j’étais née sous une autre étoile, peut-être que les choix auraient été plus faciles à faire.
* Petite précision qui s'impose: un habitant de l'Inde est un Indien (à ne pas confondre avec un Amérindien). Un hindou est un individu qui pratique l'hindouisme (une religion). Il est vrai que la plupart des hindous sont Indiens, car on naît hindou, on ne le devient pas (pas de conversion possible). Toutefois, il existe de nombreuses autres religions en Inde: le christianisme, le bouddhisme, le sikhisme, le jaïnisme, l'islam, même le judaïsme!
samedi 18 septembre 2010
Tapis jaune curcuma
J’en suis à mon quatrième déménagement en un an et demi.
Il y a d’abord eu le « grand » déménagement, lorsque j’ai quitté le Québec pour m’installer en Ontario. J’avais trouvé une colocataire, mais l’entente n’a pas été durable (à peine un mois), et j’ai rapidement emménagé avec mon conjoint, qui allait devenir mon mari, dans son sous-sol. Plusieurs désagréments, et notamment, la découverte d’une grenouille(!) m’ont fait rapidement déménager dans un appartement, au douzième étage, là où j’étais certaine d’avoir du soleil, et convaincue qu’aucune grenouille ne pourrait sauter si haut.
J’ai rapidement déchanté de cet appartement, devant les attentes interminables pour l’ascenseur, les enfants qui s’amusent à pousser tous les « pitons » des ascenseurs en question, le fait de ne pouvoir cuisiner sans faire partir l’alarme de feu, la visite hebdomadaire des pompiers (quoique cela fut un atout…), et j’en passe. Avec la venue du bébé, j’ai maintenant une excuse pour déménager à nouveau, et nous avons décidé de louer une maison, afin de satisfaire aux besoins de notre famille qui s’est agrandie, et notamment pour avoir une cour où nos deux chiens peuvent gambader librement.
Ce n’est pas que j’aime déménager, mais j’aime me sentir à l’aise. Et je n’ai pas encore trouvé cet havre de paix que je cherche depuis mon arrivée en Ontario. Espérons que cette fois-ci, ce sera la bonne.
La maison que nous avons décidé de louer date des années ’70. Je ne suis pas du genre vintage, mais ça fera bien l’affaire. Nous avons des pommes, des poires et divers légumes dans notre cour. Jusqu’à maintenant, tout allait bien… jusqu'à ce que je découvre, dans tous les garde-robes de la maison, un tapis jaune curcuma (ou jaune moutarde si vous préférez) qui date de la construction de la maison, et qui dégage franchement une odeur de « vieux » et d’urine de chien.
Ce tapis jaune moutarde m’a fait penser à une amie, une collègue de travail, qui m’a un jour racontée une histoire, la sienne.
Elle est Roumaine. Elle se souvenait de son amie, qui est morte après avoir subit un avortement « au noir » (car il avait été rendu illégal en 1966). Au début des années ’70, elle décida de fuir le régime despotique et sanguinaire du dictateur Ceausescu avec son mari. Elle fut forcée de laisser ses enfants derrière, chez sa mère, le temps de trouver un endroit stable où mener une vie décente. Elle passera plusieurs mois dans un camp de réfugiés en Italie où elle servira d’interprète, en attendant de recevoir une réponse du Canada à sa demande d’asile. Un de ses derniers « contrats » fut d’écrire la lettre d’un mourant à sa femme, expérience qui la bouleversa à jamais.
Lorsque sa demande fut acceptée, qu’elle arriva au Canada et pu enfin revoir ses enfants après environ un an de séparation, elle vécut dans un minuscule logement social, où, un des objets les plus luxueux qu’elle devait posséder était un tapis jaune moutarde qu’un organisme quelconque lui avait donné. Elle le lava, le nettoya, le chérit, et en était très fière.
Malgré la vogue du jaune moutarde depuis longtemps périmée, elle le garda toujours, et le possède encore, jusqu’à ce jour, en souvenir de ce bonheur si simple qui l’avait un jour comblée.
Je lui ai toujours dit que je me souviendrais de son histoire car elle m’avait beaucoup touchée. Parmi tous mes changements et bouleversements j’avais presque failli l’oublier. Un tapis jaune est venu me la rappeler. Toutefois, dans mon cas, le tapis jaune prendra définitivement le chemin du recyclage!
mardi 14 septembre 2010
Souvenir d'un soir d'hiver
Jamais je n'aurais pensé admettre cela un jour, mais une des choses qui m'a manquée l'hiver passé, c'était la neige!
Je ne suis qu'à quelques centaines de kilomètres de Montréal, et pourtant, l'hiver passé, je n'ai même pas eu à mettre mes pneus d'hiver. S'il a fait -10 c'était presque un record de froid, et je ne crois pas qu'il y ait eu une accumulation de 10cm de neige au sol! Je ne me plains pas, mais je l'admets, Noël n'était pas pareil sans la neige.
Alors voici, un souvenir que je chéris...
***
La terre dort, le silence règne sur la nature. Tout ce que je peux entendre, c'est le crissement de mes pas sur la neige. La lune fait briller les flocons dans la nuit noire, comme autant d'étoiles scintillantes qui virevoltent au sein d'une danse cosmique. Une faible lueur émane du tapis de neige recouvrant le sol, qui semble être recouvert des diamants les plus purs de la terre.
À l'horizon, quelques chaumières parsèment le paysage. Un filet de fumée s'échappe des cheminées. À travers les fenêtres, on perçoit une invitante lumière, des gens qui chantent et qui rient, qui partagent un repas autour d'une table de roi. Ils semblent tous chauds et accueillants ces chalets et maisons de campagne.
L'air ambiant est parfumé d'une odeur exquise de bois qui brûle, et je respire cet air vif et pur, comme si c'était mon dernier souffle. Je m'imprègne de la magie de ce moment de bonheur et d'humilité indescriptibles: car si l'instant est éphémère, la beauté des souvenirs, elle, est éternelle.
lundi 13 septembre 2010
Soigne ta rechute
***
Texte écrit dans une vie antérieure... 17.05.2008
Parce que toutes les batailles sont difficiles, parce que ce qui compte ce n'est pas la chute, mais l'atterrissage, comme on dit.
Parce que tu me rappelles comment je suis devenue celle que je suis aujourd'hui, et parce que je te comprends. Courage et n'abandonne pas!
***
Tu te crois forte, voire invincible. Tu es convaincue d'avoir terminé le combat, que la tentation a rendu les armes, qu'elle a fui bien loin dans ton passé. Tu en ris d'abord, tu jubiles, mais tu te retiens de célébrer ta victoire.
Puis un matin, ou un soir, tu en as assez, tu te dis que tu le mérites bien, qu'assez de temps s'est écoulé. Juste pour goûter, juste pour voir à quel point tu as gagné, pour savourer cette victoire bien méritée... Ça y est, tu te laisses tenter.
Ton passé reviens te hanter, tu te dis que ça sera passager, que maintenant tu peux tout surmonter.
Encore une fois, tu te permets de succcomber, même si tu remarques une régularité, tu refuses de marquer le calendrier.
Tu oublies presque les raisons de ton combat acharné. Tu oses encore te croire, malgré l'évidence qui pointe le bout du nez, tu refuses de voir que sur le sol, ton genou a fléchi et s'est reposé.
Sans trop sévérement te juger, tu dois reconnaître l'adversité, ne jamais oublier, que le combat ne sera jamais terminé.
vendredi 10 septembre 2010
J'accuse!
Aujourd’hui, j’ai décidé de dénoncer une conspiration sociale qui dure depuis le début de l’humanité, à savoir, celui de la reproduction humaine. En effet, la société nous ment effrontément sur ce phénomène qui perdure, au risque de voir la race humaine disparaître de la surface de la planète!
Combien de fois avez-vous entendu parler du teint éblouissant d’une femme enceinte? Ô combien elle est sensée se sentir sexy, attrayante, femme? Eh bien, c’est tout faux. Du moins, moi ça ne s’est pas du tout passé comme ça. Comment voulez-vous vous sentir sexy et resplendissante quand vous avez le goût de vomir en permanence, que vous avez la silhouette d’une baleine bleue et le visage d’une adolescente aux prises avec des problèmes d’acné sévères?!?
Tout commence avec nos amies les hormones. Les maudites hormones de côlisse (pardonnez-moi l’expression)! On se sent fatiguée, l’énergie nous manque, on est irritable (et irritante). Pour ma part, j’ai cru que j’étais en profonde dépression (suite au déménagement, et tous les changements, c’était bien possible). Je suis allée consulter un médecin, qui m’a fait passer une batterie de tests. Les résultats sont revenus, avec le résultat que l’on sait aujourd’hui, j’étais enceinte. Je me suis mise à pleurer, je ne peux même pas vous dire que c’était de joie, c’était de nervosité je crois. J’aurais bien dû me douter que c’était la faute aux hormones, j’avais l’habitude d’avoir un épisode suicidaire une fois par mois, juste avant d’avoir mes règles…
Ensuite les nausées commencent, et elles persistent et elles durent. Pour ma part, j’avais la nausée en permanence, et ça a duré presque tout le long de la grossesse pour se terminer juste avant que les brûlures d’estomac et les reflux gastriques ne prennent la relève.
Gare à vous si vous tentez de chercher réconfort dans les bras de votre homme, votre poitrine vous rappellera vite à l’ordre! Même l’effleurement d’une accolade est un supplice! J’imagine que le corps s’exerce à la torture des montées de lait, et au fait d’être une laiterie ambulante, littéralement. Et puis, ce mal s’estompe pour faire place au mal de dos, qui sera votre fidèle ennemi pour le restant de la grossesse, et jusqu’au moment où vous perdrez tout ce poids qui vous disproportionne et vous déséquilibre.
Quand on commence à compter les derniers milles, et bien… on a le temps de les compter, car c’est l’insomnie qui fait ses ravages! Et comme si ce n’était pas une souffrance suffisante en soi, vient s’ajouter les douleurs aux jambes (espèces de crampe qui n’en est pas vraiment une et qui est affreusement douloureuse, et qui, il fallait bien s’en douter, ne s’estompe pas). N’oublions pas les démangeaisons au ventre qui vous font vous gratter au sang, et bien sûr, la présence de bébé qui se fait sentir et vous réveille parfois, alors que vous veniez finalement de vous endormir.
Je ne vous mens pas, c’est vraiment pénible. Tellement que j’ai été arrêtée de travailler pour invalidité à deux mois de grossesse à peine. J’ai eu encore plus le temps pour penser, douter, me remettre en question, tout remettre en question, considérer le divorce ou devenir une religieuse cloîtrée, m’essayer au tricot, et puis quoi encore !?!
J’ai eu un épisode réellement morbide, au point de me retrouver enfermée dans l’aile de santé mentale pendant quelques jours (j’en reparlerai probablement dans un post ultérieur).
Et puis, un beau jour de juin, j’ai finalement enfanté… dans la douleur (Dieu l’avait bien dit!). Jamais je n’aurais cru que le prix à payer pour une bouchée de pomme interdite serait si grand. L’enfer a duré trente-six heures. Sans dormir.
Avant de savoir ce que c’est, on redoute l’accouchement en soi, le moment où le bébé va sortir (comment réussira-t-il à sortir par un orifice aussi petit?). Et bien détrompez-vous. Ce qui fait le plus mal, c’est tout ce qui précède, les contractions notamment. L’épidurale estompe le mal un peu, pendant quelque temps… mais lorsque le moment final approche, il n’y a rien pour enrayer la douleur. J’ai supplié le personnel hospitalier de me faire une césarienne, ils ne le font qu’en cas de danger de mort de la mère ou l’enfant. À la fin, je suppliais pour une euthanasie, tout simplement.
J’étais sûre qu’après une année (ou presque) aussi haute en couleurs, je ne voudrais plus jamais avoir d’enfant, et bien, je me suis bien trompée. Paradoxalement, la naissance de mon fils est la plus belle chose qui me soit arrivée! Haha. La race humaine est sauvée! Mais au moins, vous saurez maintenant dans quoi vous vous embarquez (en souhaitant que pour vous, ça se passe autrement!)
jeudi 2 septembre 2010
Marque de feu
« Tiens. Voici 100$... Je ne veux plus te revoir. Appelle-moi environ un mois avant ton mariage, et je verrai ce que je peux faire pour t’aider. » Ce sont les dernières paroles que j’ai entendues mon père prononcer à mon égard, une blessure au fer rouge à tout jamais dans ma mémoire.
Je détestais mon père, j’ai tant de fois imaginé le soumettre à la torture pour enfin mettre fin à la mienne. Il m’a torturé mentalement me traitant de tous les noms possibles (aujourd’hui on appelle ça de l’encouragement par la négative), il a parfois été violent physiquement, m’a humiliée en public. Pendant la plus grande partie de mon enfance, j’en avais honte. À chaque fois qu’il venait me reconduire à l’école, j’essayais de me dépêcher pour que les enfants ne le voient pas, avec son turban.
Quand mes parents ont divorcé, il y a eu une terrible confrontation en Cour parce que mon père voulait avoir ma garde, et j’ai refusé obstinément. Il m’a même fait évaluer psychologiquement car il prétendait à mon aliénation mentale. Mon père n’a pas obtenu ma garde, je l’ai visité à quelques reprises car j’y étais obligée par la Cour, et puis quelques autres fois pour lui quémander de l’argent de poche. Cette journée-là c’était une de ces autres fois.
La vérité c’est que le choc culturel a été trop grand, et je l’ai profondément déçu. Il espérait faire de moi une petite Indienne soumise, qui apprendrait la langue (paternelle dans mon cas), cuisinerait, accepterait un mariage arrangé par ses parents. L’ennui c’est que cette journée-là, je suis allée lui rendre visite à son commerce, je lui ai demandé de l’argent, et j’étais accompagnée par mon copain de l’époque, qui était musulman. Malheureusement pour moi (et pour mon père), il ne m’avait jamais mentionné que les musulmans étaient les ennemis jurés des sikhs. Il ne fit pas toute une scène, mais il me dit cette courte phrase qui sonnait franchement comme un reniement.
Du haut de mes dix-huit ans, je me suis dit que c’était un bon débarras et que je n’avais jamais eu besoin de lui, que l’argent j’en trouverais bien ailleurs. J’eus quand même un petit pincement au cœur, mais je me consolai rapidement en me disant que les choses se tasseraient et que nous finirions bien, un jour, par nous comprendre et nous expliquer. Il fut happé mortellement par une voiture un mois après, le 4 septembre 1997.
À chaque année vers ce temps-ci, c’est une période assez difficile pour moi, et voici ce que j’aimerais lui dire aujourd’hui:
Mon cher papa,
Je regrette sincèrement tout le mal que j’ai pu te faire, et le mal que je me suis fait. Pardonne-moi de ne pas avoir compris à temps, de ne pas avoir pris le temps de comprendre. Je regrette d’avoir remis au lendemain, de ne jamais avoir pris ta main lorsque j’en avais besoin. Les mots ne sont pas assez forts, assez nombreux, assez profonds, du moins, je ne les trouve pas, ceux dont j’ai besoin pour t’exprimer mon immense regret.
C’est triste comment la vie nous enseigne parfois, et la mort aussi… J’ai finalement compris que ce n’était pas par manque d’amour, mais par manque de communication. Que toi non plus, on n’avait jamais vraiment su comment te dire je t’aime. Le destin m’a fait comprendre que je t’aime et que je t’ai toujours aimé, et ce, bien malgré moi. Je suis encore ta petite fille, malgré les années accumulées, et tu me manques terriblement. J’ai besoin de toi, que tu me prennes dans tes bras, que tu me dises que tu m’aimes et que tu es fier de celle que je suis devenue, que tout ira bien, que papa est là... J’ai besoin d’entendre ta voix, de ton support, de cette relation père-fille que nous n’avons jamais eu… qui aurait cru mon cher papa?!?
J’ai réalisé, un peu comme une gifle en plein visage, une fois que le mal est fait, qu’on ne sait jamais de quoi le lendemain sera fait, qu’il ne faut pas perdre une minute, ni même une seconde, car chaque instant est précieux. Le temps ne passe ni vite, ni lentement, il passe simplement, et il faut saisir chaque moment. J’aurais dû, on aurait pu, et si cela avait été autrement… ne sont que de vains mots dénués de sens, que de la prose dans un monde cruel.
Aujourd’hui, je veux prendre le temps, et que ce moment dure une éternité, l’éternité d’une étreinte à jamais hors de portée. Pour une fois, parce que je ne l’ai jamais fait, je veux simplement te dire je t’aime et je te demande humblement pardon.
samedi 28 août 2010
Mélancolie olfactive
Dès que l’on met le pied hors de l’avion, l’odeur nous saisit. Elle a une senteur, une sueur, une odeur très particulière, unique, indescriptible, millénaire. C’est comme un mélange de diesel, de pollution et de poussière, de bouse de vache et d’épices, d’encens et de fleurs, d’humidité, d’humanité.
Après environ treize ans d’absence, je ne l’avais toujours pas oubliée et je l’ai tout de suite reconnue : l’odeur de mon Inde adorée. Elle vous picote le nez, imprègne votre cœur et votre âme. On ne peut l’ignorer, soit on l’adore, soit on la déteste. Il n’y a pas de juste milieu avec une telle entité. Car c’est bien ce qu’elle est, une entité, bien plus imposante que la somme de ses habitants : débordante de vie, de souvenirs, d’espoirs, de pleurs et de malheurs, de sourires édentés, d’interdits transgressés, de rires enjoués.
Elle est accueillante, généreuse et rassurante. Elle nous étreint, nous émeut, nous console. Si on écoute attentivement, elle vient nous chatouiller le cœur avec sa voix mélodieuse, entonnant mille et unes chansons, racontant ses rêves, ses secrets, ses prières et ses passions. Elle éblouit par ses milliers de couleurs, ses regards scintillants et son visage à demi voilé.
Ce soir j’ai le cœur qui se meurt… Je l'entends, elle m'appelle, je me meurs de la revoir, de la respirer, de m’y blottir. Je n’y suis pas née, mais je suis une enfant de l’Inde, car l’Inde fait partie de moi.
C’est là que je veux mourir car c’est là que je me sens vivre.
mercredi 25 août 2010
Fausse publicité!
L’autre jour, un Indien que je connais me racontait l’histoire de son acclimatation à la vie canadienne. Environ deux ans après son arrivée au Canada, il était heureux d’avoir dénicher un emploi assez rémunérateur (conducteur professionnel de camions lourds – en bon français « trucker ») pour lui permettre d’envoyer ses économies à sa famille en Inde.
C’est d’ailleurs le cas de beaucoup d’Indiens, car la main d’œuvre en Inde est peu rémunérée, les familles sont nombreuses, les coûts sont élevés. Dans son cas, son père souffrait de problèmes cardiaques, et les soins pour lui sauver la vie devaient être dispensés dans un hôpital privé (les seuls hôpitaux dignes de ce nom), soins qui coûtent un bras, une jambe, les yeux de la tête et la peau des fesses (vous voyez le genre?). Il réussit donc à envoyer environ 25 000$ en deux ans, en travaillant à la sueur de son front environ 100 heures/semaine.
Durant ces longues journées de travail, il passait souvent devant un panneau publicitaire qui annonçait la venue prochaine des « Barenaked Ladies » en spectacle. Il se dit qu’il ne devait pas manquer cela, et qu’il pouvait bien se permettre cette petite dépense après tant d’efforts et de privation. Il réserva un billet.
Le grand jour arriva, tout émoustillé, il se rendit au spectacle. Quand il vit les membres du groupe monter sur scène et entamer leur chanson, il attendit les chansons suivantes. Il chercha vainement tout le long du spectacle où pouvaient bien se cacher les fameuses effeuilleuses! Leçon de vie d’un Indien : toujours s’informer avant d’acheter.
J’aurais payé cher pour voir l’air éberlué de cet Indien perdu dans la foule. Encore heureux que ce n’était pas un spectacle des Spice Girls ou des Pussycat Dolls (quoiqu’il en aurait eu un peu plus pour son argent)!
vendredi 20 août 2010
Ma vie ici
Lorsque j’ai pris la décision de déménager en Ontario, jamais je n’aurais cru que je pourrais avoir ce sentiment de dépaysement, si typique lorsqu’on voyage dans un autre pays.
D’abord, j’ai été surprise par les routes sans nids-de-poule, les automobilistes courtois, les épiceries 24hrs et les banques ouvertes les fins de semaine avec service au volant. On ressent clairement les racines britanniques… dans le sens où les gens sont beaucoup plus orientés vers le marché, le profit, la « business » quoi; contrairement aux Québécois qui ont des racines latines et qui veulent plus profiter de la vie. C’est ma théorie du moins.
Un autre fait qui m’a étonnée, et surtout beaucoup compliqué la vie, est l’absence (à Brampton du moins) de logement bon marché. Pour louer un petit appartement miteux, il vous en coûte au moins 800$. D’autre part, les « plex » sont inexistants ici. Il y a des maisons unifamiliales, des maisons de ville, des condos, des logements dans d’immense tour à logements, mais pas de duplex etc. Un autre fait étonnant ici, étant donné que la majeure partie de la population est indienne, un grand pourcentage de ces gens louent le sous-sol de leur maison pour générer un revenu supplémentaire (j’ai constaté avec le temps que les Indiens sont très centrés sur l’argent et le profit). Avant mon mariage j’ai donc trouvé une colocataire pour louer un sous-sol décent pour 800$! Je ne m’entendais pas du tout avec ladite coloc, donc j’ai rapidement emménagé avec mon conjoint, même si nous avons outré son propriétaire car nous n’étions pas mariés à l’époque, un peu plus et il fallait lui montrer notre contrat de mariage pour qu’il cesse ses lamentations.
Autre anecdote assez surprenante : ce n’est que rendue ici que j’ai vraiment été mise au courant des standards indiens de beauté féminine… Il faut dire que ce n’est certainement pas en compagnie de ma tante puritaine que j’allais être mise au fait.
Voici donc quelques trucs qui ont attiré mon attention : les Indiennes (et d’autres pays d’Orient) utilisent la technique du fil pour s’épiler les sourcils (et autres poils indésirables du visage). Cette technique a l’avantage d’être peu coûteuse, n’abîme pas le visage comme peut le faire la cire, et est très hygiénique. De plus, les bras m’ont littéralement tombés quand j’ai remarqué que la plupart des Indiennes que je côtoyais étaient moins poilues que moi des bras : la raison est bien simple, si on veut être dans la vague on s’épile les bras à la cire. En outre, si vous allez dans un salon de beauté indien (ce qui est la majorité ici) et que vous demandez une épilation brésilienne du bikini… et bien ne vous attendez pas à la totale… ici on ne touche pas au derrière, impureté oblige!!!Référence pour l’épilation au fil :
mardi 17 août 2010
La pêche aux requins
Dans toute ma vie préscolaire, je ne suis allée qu’une seule journée en garderie avant de commencer la maternelle. Je me souviens encore de la crise de larmes durant tout le trajet de voiture… J’ai pleuré durant tout le temps où j’étais chez la gardienne. Je n’ai pas réussi à manger mon repas de croquettes de poisson qui goûtaient encore le congelé et qui m’ont franchement dégoûtée pour le restant de ma vie – je n’en ai toujours pas remangé. Ma pauvre mère a eu le cœur brisé par cet épisode et ne m’a jamais forcée à y retourner. Ma mère a entretenu une relation fusionnelle avec moi. Probablement parce qu’elle avait toujours voulu avoir des enfants, et elle a dû se marier trois fois avant de pouvoir en avoir. Elle m’emmenait partout, se confiait à moi (même si je n’avais pas vraiment la notion de ce qu’elle pouvait bien me raconter), et aujourd’hui avec le recul, je me rends compte que ce n’était pas très sain. Mais cela est un tout autre débat.
Un beau jour, ma mère partit à la pêche aux requins, sans m’avertir, sans me prévenir, sans m’emmener avec elle. J’étais en maternelle. Mon père était désemparé de devoir s’occuper seul d’une petite fille. Il arrivait à peine à peigner mes longs cheveux et me faisait le même repas à chaque jour (du steak).
Je me souviens encore de ce devoir que la maîtresse nous avait donné à faire. Il fallait, avec l’aide de nos parents, trouver la définition du mot « quadrupède ». Mon père ne parlait pas français, et je ne crois pas que nous avions un dictionnaire à la maison (même si nous en avions eu un, il n’aurait pas pu me lire la définition de toute façon). Je suis donc retournée à l’école le lendemain, sans avoir fait mon devoir, et en espérant que la maîtresse ne s’en apercevrait pas. La Loi de Murphy étant ce qu’elle est, je fus la première à qui elle demanda la réponse au devoir. Je fus humiliée jusqu’au tréfonds de mon être pour la toute première fois de ma vie. Je me suis jurée inconsciemment que cela ne se reproduirait jamais. Depuis, j’ai toujours été dans les premières de classe en français. Haha. Tout arrive pour une raison… sans cela, je ne serais probablement pas là à vous raconter cette histoire.
Ma mère me manqua beaucoup, et elle pêcha pendant plusieurs mois. Dans ma tête de jeune enfant, je n’ai jamais vraiment compris, et je lui en ai voulu amèrement de m’avoir abandonnée avec mon père « illettré », qui m’a fait bouffer du steak pendant des mois. Plus tard, j’ai compris que c’était en fait ma mère qui s’était fait attrapée par les requins, les requins héroïnomanes. Tout ce temps, elle était partie en cure de désintoxication. Mais comment explique-t-on cela à un enfant?
samedi 14 août 2010
Fabuleux destin d'une Indienne blanche à Brampton
J’avais rencontré cet Indien beau comme un cœur, avec qui je pouvais parler pendant des heures, et qui me fit passer le plus merveilleux trentième anniversaire que quelqu’un puisse rêver. Nous avons entretenu une relation passionnée pendant deux ou trois mois, et j’avais la ferme conviction que j’avais enfin rencontré mon âme sœur. Ce ne fut pas le cas, pour plusieurs raisons… notamment que sa famille n’était pas d’accord avec notre union.
Il était divorcé. Son premier mariage avait été un mariage d’amour avec une Indienne « confuse » ( en anglais ça se dit mieux : confused desi). C’est un terme employé pour désigner tous ces Indiens nés à l’étranger, qui sont confus dans leurs valeurs, « corrompus » par la société occidentale. Sa mère voulait donc lui arranger un mariage avec une « bonne » Indienne de souche, pure laine et non corrompue.
Notre rupture coïncida avec un voyage en Inde que je planifiais depuis des mois avec ma jeune sœur qui y allait, elle, pour la première fois. Je vivais une terrible peine d’amour, et c’était disons un mauvais « timing ». Je n’avais le cœur à rien. À chaque jour (ou presque) j’allais au temple, et demandais à Dieu de soulager ma douleur, et de me donner le courage de faire (ou d’endurer) ce qui était bon pour moi.
Je suis revenue à Montréal plus tôt que prévu (janvier 2009), je voulais affronter mes démons et prendre des décisions qui allaient changer ma vie. Je m’étais toujours dit que j’aurais un enfant à trente ans (quitte à me faire inséminée – mais je suis trop poule mouillée pour ça!), et j’étais déjà un peu en retard sur mon horaire. J’ai même convenu avec un cousin que, si d’ici un an je ne rencontrais personne, de m’arranger un mariage à moi aussi!
J’ai écouté ma petite voix. Elle me murmurait de déménager dans une autre ville, loin. Depuis bien longtemps j’avais cette envie, mais je n’avais jamais eu le courage de le faire. Avec cette crise de la trentaine à son zénith, je me suis dit que je n’avais plus rien à perdre… et que pour que ma vie soit différente, il fallait que je fasse les choses différemment et que tout l’environnement change. J’ai demandé un transfert de mon poste, que j’ai obtenu : à Brampton (ou plus communément appelée « Browntown »). Ce n’était pas un hasard… mon ex-Indien habitait là-bas. Ne vous inquiétez pas, je ne m’étais pas donné la mission de le reconquérir, loin de là. C’est juste que j’avais plus de chance de rencontrer un Indien là-bas, puisqu’au moins 80% de la population l’est (sans blagues)! Je vous expliquerez une autre fois pourquoi je suis si fixée sur les Indiens.
J’ai donc acheté une voiture (moi qui n’avait jamais conduit) et je me suis rendue à Toronto durant le congé pascal afin de partir en éclaireur –Brampton est dans la grande région métropolitaine de Toronto. Et tout ça, sans GPS mes amis!!!
Le 14 juin 2009, c’était le jour J du déménagement. J’avais rencontré par hasard, un Indien de Brampton sur Facebook, et lui avait demandé son aide pour conduire le camion de déménagement. Il faut dire que le hasard fait bien les choses, et que les Indiens sont généreux et dévoués de nature. Il accepta de m’aider.
J’ai éteint ma dernière cigarette ce jour-là. J’ai regardé le camion de déménagement, la remorque qui tirait mon auto, jeté un dernier regard à mon appartement, le cœur un peu gros, mais avec la ferme conviction que j’accomplissais ma destinée.
J’ai finalement épousé l’Indien qui avait conduit le camion, au mois de janvier 2010. Ce n’était pas le coup de foudre passionné, mais plutôt une sincère amitié qui s’est peu à peu transformée. Et puis, croyez-le ou non, mon fils est né le 14 juin 2010 (deux semaines avant la date prévue)! Et quand je regarde son petit visage angélique, je n’ai aucun doute : le destin existe bel et bien, et je suis allée à la rencontre du mien.
jeudi 12 août 2010
Souvenir à la turque
Ma grand-mère paternelle est une éternelle aventurière. Lors de ses séjours en Inde, elle reste très rarement en place. Elle voyage toujours d’un pèlerinage à l’autre, suivant tel Babaji ou un autre; rendant visite à de multiples connaissances et que sais-je encore. Un Babaji est un individu très respecté pour ses vertus religieuses et pieuses. Il aura souvent une communauté de « disciples » qui le suivent, ou vont le voir pour obtenir des conseils, bénédictions etc. Ji est simplement un suffixe ajouté à tout mot en marque de respect. Par exemple : mamanji, papaji, vous saisissez?
Voici l’histoire de comment j’ai été traumatisée à l’âge de trois ans environ. Je ne suis pas certaine que j’avais vraiment trois ans, je me souviens seulement que je ne portais plus de couches, que je n’allais pas encore à l’école, et que j’étais assez vieille pour être séparée de mes parents pour une période de temps assez prolongée. Ma grand-mère avait décidé de m’emmener avec elle lors d’un de ses multiples périples dans un charmant petit village très éloigné de la ville, puisque nous avions pris le train. Le souvenir que j’en garde est encore vif à mon esprit.
Le soleil venait à peine de se lever, le ciel était gris, l’air était humide. On pouvait sentir les effluves sucrées du thé que les domestiques préparent le matin. Il faut savoir qu’en Inde presque tout le monde peut se permettre des domestiques, la main-d’œuvre y est presque donnée. J’allai voir ma grand-mère qui sommeillait encore, et lui demanda où se trouvent les toilettes. Elle m’indiqua le chemin, il fallait se rendre à une petite maison voisine. Déjà à ce moment-là j’étais étonnée… Comment pouvait-on vivre en allant toujours emprunter les toilettes du voisin? Ils avaient assez d’argent pour des domestiques, mais pas de toilettes? Sur le chemin, qui était assez court en fait, je croisai justement une autre domestique qui faisait la lessive. En fait, elle battait le linge avec de l’eau savonnée…
J’étais trop jeune pour savoir qu’il s’agissait en fait de latrines indiennes, une petite maisonnette faite en rond. Quand j’entrai à l’intérieur, et que je refermai la porte pour préserver mon intimité (j’ai toujours eu un tempérament un peu pudique), il y avait une petite fenêtre (ou plutôt une large fente) dans le mur, qui laissait passer juste assez de lumière pour que je puisse voir le trou au milieu de la pièce et que je ne tombe pas dedans.
Des toilettes turques. Un trou dans le sol. L’envie de déféquer était trop pressante et je n’avais pas vraiment le temps de retourner voir ma grand-mère pour lui demander comment il fallait faire… et malheureusement, il n’y avait pas de manuel d’instructions qui aurait pu me faire une agréable et très pratique lecture durant ce moment de soulagement.J’avais terminé. Encore traumatisée par tous ces événements, tremblant de rage et d’humiliation… je saisis ma culotte pour m’en servir de papier hygiénique… Toutes ces émotions, le manque de lumière, et l’ignorance en fait, m’avaient empêchée de voir la tuyauterie non loin de là qui dispensait effectivement de l’eau pour se nettoyer. Au retour, je jetai violemment ma culotte à la domestique qui faisait la lessive, et je courus voir ma grand-mère en pleurant.
Pas étonnant que les Indiens pensent que les Occidentaux sont malpropres!!! Et ont-ils vraiment tort?
Laissez-moi m’expliquer… Vous avez probablement entendu parler de la main impure, la main gauche…? Ils s’en servent pour se nettoyer l’arrière-train avec de l’eau. Quand ils ont fini de se soulager, ils se savonnent vigoureusement les mains. Ils n’utilisent jamais la main gauche pour manger. Ils ont l’impression qu’avec notre papier hygiénique nous ne sommes pas vraiment propres, que nous enlevons le « gros » et ne faisons qu’étendre le « reste » de la matière fécale au lieu de la nettoyer complètement. Même chose pour les bains. Vous verrez très rarement un bain en Inde… et si vous avez la chance d’en voir un, il y aura probablement une chaudière et un petit tabouret à l’intérieur. Les Indiens s’installent sur un petit tabouret et s’aspergent d’eau pour se nettoyer. C’est l’ancêtre de la douche si on veut. Cela à l’avantage d’être plus écologique car moins coûteux en eau qu’un bain, et de plus, les saletés sont nettoyées par l’eau courante… Pour eux, prendre un bain n’est pas hygiénique, puisque vous trempez dans une eau pleine de saletés corporelles. Vous en ressortirez aussi sales que quand vous y êtes entrés. Alors maintenant, dites-moi à quoi penserez-vous la prochaine fois que vous prendrez un bon bain?
mercredi 11 août 2010
Quand on ne sait plus à quel dieu se vouer…
« À chaque matin, avant même d’ouvrir les yeux, tu dois mettre tes mains devant ton visage et imaginer/voir le visage de Dieu dans tes mains, puis tu te lèves du pied droit » – ça doit être le bon j’imagine. « Tu dois placer un petit bol d’eau à l’extérieur afin de nourrir le soleil, tu peux également jeter des miettes de pain afin de nourrir les oiseaux, innocentes créatures de Dieu. » Je frissonne encore quand je me souviens de ces mots, plein de tendresse, prononcés par ma tante paternelle, lorsque je suis allée en Inde après 13 ans d’absence (notamment à cause du divorce de mes parents). J’oublie probablement quelques instructions, dont celle qu’il fallait que je jette l’équivalent du double de mon poids (ou quelque chose du genre) en sucre à la rivière – pour nourrir les poissons. Heureusement pour moi que je ne suis pas très pratiquante, car pour jeter l’équivalent du double de mon poids en sucre… je me ruinerais et les poissons feraient du diabète!… ça dépend toujours de la fréquence, mais bon.Il faut dire que ma tante est une personne très simple (pas d'esprit...) et un peu bigote. Elle est allée à l’université jusqu’à ce qu’elle se marie et élève deux fils. Tout le plaisir qu’elle semble avoir dans la vie, est de se dévouer à Dieu, de se plaindre de son mari alcoolique et de taper sur la tête de ses enfants, ou des marchants itinérants avec qui elle négocie férocement. Elle passe ses journées à écouter des prières (chantées), et à feuilleter les magasines pour trouver des images ou mots « divins » de toutes les religions, par juste le sikhisme, qui est la sienne. Par exemple, si elle voit le mot Krishna dans un journal (ou son image), elle le découpera et le conservera jusqu’à ce qu’elle puisse aller jeter toutes ces découpures à la rivière. J’imagine que c’est pour retourner toutes ces choses à leur source divine, mais… bonjour la pollution!!!
L’Inde est sans contredit le pays mystique par excellence, la terre de tous les dieux (ou presque!), et je crois sincèrement qu’il serait difficile de trouver un athée en Inde. Le panthéon hindou est très vaste à lui seul, mais on retrouve également des sikhs, des musulmans, des chrétiens, des bouddhistes, des jaïnistes, et même des juifs! Ma famille est sikhe, vous savez, ceux qui portent le turban et le kirpan (fameux couteau qui a fait la manchette au Québec il y a quelque temps maintenant)? Pourtant, les rites que je vous ai mentionnés plus haut, ceux que ma tante paternelle m’a recommandés de suivre à la lettre, sont des rituels hindous. Certains de mes cousins, le jour de Noël, vont aller « saluer » Jésus dans une Église catholique. C’est très fréquent en Inde. En plus d’être « mêlés » à toutes ces religions, les Indiens ont souvent ce petit côté opportuniste : vaut mieux ne pas prendre le risque, et pratiquer un peu toutes les religions. On ne sait jamais!
Pour ma part, je suis née au Québec, ma mère m’a donc fait baptisée au sein de la religion catholique. Par la suite, nous sommes allés en Inde pour rencontrer ma famille, et j’ai été baptisée au temple sikh et j’y ai reçu mon nom indien : lors de votre baptême, le prête ouvre le livre sacré au hasard, et la première lettre du premier verset déterminera la lettre par laquelle votre prénom commencera. Mon nom veut dire « victorieuse sur tout ». Tout ce préambule pour dire que dès mon jeune âge, même la confusion spirituelle a fait partie de ma vie. Jusqu’à ce que je décide de faire table rase de tout ce qu’on m’avait appris ou inculqué, et que je devienne athée!
Aujourd’hui, après multiples péripéties, j’ai retrouvé ma spiritualité… Je m’identifie plus au sikhisme, car le principe fondamental de cette religion est que Dieu est Un. Pour moi, cela veut dire que toutes les différentes religions sont différentes facettes d’un Dieu unique; facettes déterminées par des différences culturelles et/ou géographiques. Guru Nanak, Ganesh, Jésus, Allah ou Yahvé sont différents noms pour la même entité…
Chez moi, j’ai donc un petit autel devant lequel j’essaie de méditer de temps à autre… Il y a une statuette de Ganesh, le dieu hindou à tête d'éléphant, porteur de chance qui enlève les obstacles sur notre chemin (car j’en ai besoin!), une statuette de Hanuman le dieu singe (il est doté d'une force inouïe, et ça aussi j'en ai besoin), de petites effigies de tous les gurus sikhs, et dans une boîte spéciale, mon chapelet de première communion. Je suis un peu Indienne après tout, car on ne sait jamais!
lundi 9 août 2010
Desi/Gori ou les origines de la crise identitaire
Je parle français, avec un accent québécois. Je peux même sacrer comme un bûcheron, surtout quand je conduis au Québec ou que je suis prise dans un embouteillage. J’ai un teint basané : trop pour avoir l’air d’une Québécoise « pure laine », pas assez pour avoir l’air d’une Indienne. Les gens sont toujours confus lorsqu’ils essaient de deviner mes origines.
Avant de commencer la maternelle, j’ai eu la chance de voyager souvent en Inde, et pour des périodes assez prolongées. Ma famille d’au-delà des sept mers m’a toujours bien accueillie (est-ce à cause de cette hospitalité typiquement indienne ?). J’étais un peu comme un nouveau jouet, ou un nouveau perroquet ramené du marché, qu’on s’amuse à faire répéter sans cesse les mêmes expressions ou mots appris; ils étaient soit ébahis de voir qu’une « blanche » pouvait apprendre leur langue, ou c’était peut-être l’accent avec lequel je prononçais les mots, je n’ai jamais vraiment su. Un beau jour, je devais être en âge de commencer l’école j’imagine (ou mes parents voulaient éviter que je devienne oisive, allez savoir!), je me suis retrouvée dans un moyen de transport (!) – pas un autobus – scolaire. Je n’ai pas vraiment souvenir du déroulement de cette journée, mais je me souviens du retour infernal, où nous étions tassés comme des sardines. Les enfants m’ont tiré les cheveux soigneusement nattés à la mode indienne, ont complètement déchiré mon sac d’école répandant mes effets scolaires sur le sol, et m’ont jeté en bas de la fourgonnette, scandant à tue-tête « gori! gori! », lorsque mon tour de descendre est arrivé. Je ne suis jamais retournée à l’école, en Inde du moins. Et j’ai compris, sans vraiment comprendre, que j’étais une « gori », et que ce n’était pas joli joli.Un peu de terminologie maintenant… Une gori (ou gora au masculin) c’est un adjectif qui veut littéralement dire « blanc », ou de « couleur pâle ». Par extrapolation, ce mot utilisé par la communauté sud-asiatique, est devenu un nom qui désigne un « blanc » dans le sens racial du terme. En opposition à ce terme, nous avons le mot « desi ». Desi vient du sanskrit « desh » qui veut dire nation, patrie, pays… Donc un desi définit un individu qui vient du continent sud-asiatique, sans distinction frontalières (il peut s’agir d’un Indien, d’un Pakistanais, d’un Bangladeshi). Il s’agit donc d’un terme pour désigner un compatriote du sous-continent indien, mais également tout élément qui peut en provenir (ex : cuisine desi, musique desi, etc.)
Alors, pour revenir à nos moutons (ou à nos vaches sacrées, c’est comme vous voulez), je n’ai pu retarder mon entrée à l’école bien longtemps. Mes parents m’ont inscrite à l’école au Québec, où disons-le franchement, j’étais nettement plus dans mon élément. Entre deux jeux de marelle, combien de fois ai-je du répondre à cette question : « de quel pays viens-tu? » Et moi de répondre avec empressement que je venais d’ici, que j’étais Québécoise, parce que je n’étais pas Indienne ça c’est certain! Disons simplement que de se faire demander d’où on vient dans son propre pays peut créer une certaine confusion. Par conséquent, ce sentiment d’altérité s’est développé, encore une fois, et j’ai rapidement commencé à m’identifier en tant qu’Indienne, à nouveau…
Ça, c’était avant de comprendre qu’être « paki » (ce que je ne suis pas soit dit en passant, car mes origines ne sont pas pakistanaises) c’était plutôt péjoratif! C’est alors que j’ai commencé à me poudrer le visage pour blanchir toute différence. Je vous garde cette histoire pour une autre fois…
Pour les références terminologiques, vous pouvez toujours fureter ici:
dimanche 8 août 2010
Arrangé avec le gars de… Bollywood!
Tout a commencé, il y a une trentaine d’années, un peu comme dans un film indien... Elle : sept ans de plus que lui, tentant d’oublier un second mariage infructueux et fume la cigarette. Lui : petit jeunot indien, de religion sikhe, en première année d’université, tombe follement amoureux d’elle simplement en voyant sa photographie. Il s’agissait d’une union improbable, impossible, impensable même, et pourtant elle eut lieu. Incredible India! TOUT est possible en Inde!!!
Non, non. Ce n’est pas ce que vous croyez, ce n’était pas un mariage arrangé dans le sens indien du terme… Ma tante et ma mère s’étaient envolées vers la contrée mystique qu’est l’Inde, et ma tante était probablement à la recherche de l’herbe sacrée du Gange (la Ganja) lorsqu’elle rencontra mon futur père. Elle lui montra la photographie de ma mère qu’elle avait dans son portefeuille, et mon père tomba instantanément sous le charme de ma mère (à ce qu’il paraît).
Une rencontre fut organisée… et les dés du destin étaient lancés. Ma mère tomba enceinte peu de temps après, ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants (juste deux en fait). Et malheureusement pour eux (ou heureusement!?!) leur histoire se termina comme dans un film américain (genre Kramer vs Kramer): ils se divorcèrent après environ 15 ans de mariage.
Mais ce n’est pas de leur histoire dont il est question ici, mais bien de la mienne… De cette enfant métisse née de cette union étrange, de ses déchirements et hésitations, de ses réflexions et contradictions, bref de sa confusion.
Bienvenue dans mon monde pimenté, souvent bien malgré moi!
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